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Investigación en Ciencias Sociales y Humanidades


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Álex Vicente. Adiós a Todorov

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El pensador Tzvetan Todorov ha fallecido en París a los 77 años, “víctima de complicaciones derivadas de una enfermedad neurodegenerativa”, según un comunicado difundido por su familia.

Filósofo, lingüista, semiólogo y teórico de la literatura, Todorov habrá sido uno de los observadores más lúcidos del desorden de las sociedades contemporáneas. Humanista de aliento crítico, dedicó su obra a estudiar la alteridad, la barbarie, los límites de la libertad individual y el espíritu de insumisión ante circunstancias adversas.

Nacido en 1939 en Sofía, pero formado en la ebullición intelectual del París de los sesenta, el filósofo obtuvo la nacionalidad francesa en 1973, tras escapar de la Bulgaria comunista, de la que guardó un recuerdo traumático.

Texto completo en fuente original


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Al César lo que es del César

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En la entrevista a Michel Serres que publicamos hace unos días (Michel Serres y la identidad nacional), Serres subraya las diferencias entre los conceptos de ‘identidad’ y ‘pertenencia’ y extrae la conclusión de que carece de sentido hablar de una ‘identidad colectiva’.

Y, sin embargo, no cita la fuente de donde proceden esos planteamientos, que no es otra que Todorov: Nosotros y los otros.

Por eso la posterior inclusión en el blog de la entrada Todorov. Identité et appartenance.

Al César lo que es del César.


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Todorov. Identité et appartenance.

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Notre appartenance nous définit-elle? Et si oui, cette appartenance doit-elle décider de nos choix éthiques?

“Nous ne sommes pas nécessairement bons, les «autres» non plus; tout ce qu’on peut dire à ce sujet c’est que l’ouverture aux autres, le refus de les rejeter sans examen, est chez tout être humain une qualité. La séparation qui compte, suggérait Chateaubriand, est celle entre les bons et les méchants, non entre nous et les autres; les sociétés particulières, elles, mélangent bien et mal (dans des proportions il est vrai inégales). A la place du jugement facile, fondé sur la distinction purement relative entre ceux qui appartiennent à mon groupe et ceux qui n’en font pas partie, doit advenir un jugement fondé sur des principes éthiques. Cette première conclusion soulève à son tour deux grands problèmes: quelle est la signification de notre appartenance à une communauté? et: comment légitimer nos jugements?

Les êtres humains ne sont pas seulement des individus appartenant à la même espèce; ils font également partie de collectivités spécifiques et diverses, au sein desquelles ils naissent et agissent. La collectivité la plus puissante aujourd’hui est ce qu’on appelle une nation, c’est-à-dire la coïncidence plus ou moins parfaite (mais jamais totale) entre un État et une culture. Appartenir à l’humanité n’est pas la même chose qu’appartenir à une nation –« l’homme n’est pas le citoyen», disait Rousseau-, il y a même entre les deux un conflit latent, qui peut devenir ouvert le jour où nous sommes obligés de choisir entre les valeurs de l’une et celles de l’autre. L’homme, en ce sens du mot, est jugé à partir de principes éthiques; le comportement du citoyen relève, lui, d’une perspective politique.

On ne peut éliminer aucun de ces deux aspects de la vie humaine, pas plus qu’on ne peut les réduire l’un à l’autre: il vaut mieux rester conscient de cette dualité parfois tragique. En même temps, leur séparation radicale, leur confinement à des sphères qui ne communiquent jamais entre elles peuvent être également désastreux: témoin Tocqueville, qui prône la morale dans ses ouvrages philosophiques et savants, et préconise l’extermination des indigènes dans ses discours politiques. L’éthique n’est pas la politique, mais elle peut élever des barrières que la politique n’aura pas le droit de franchir; appartenir à l’humanité ne nous dispense pas d’appartenir à une nation et ne peut s’y substituer, mais les sentiments humains doivent pouvoir contenir la raison d’État.

Mais on dit souvent aussi: j’aime mieux mes enfants que ceux de mon voisin; voilà un sentiment bien naturel dont il n’y a aucune raison de rougir. N’est-il pas tout aussi naturel de préférer mes compatriotes aux étrangers, de leur réserver un traitement de faveur? N’est-il pas naturel de soumettre l’homme au citoyen, et l’éthique à la politique? Un tel raisonnement repose sur une double confusion. La première est d’ordre psychologique: elle consiste à transférer, par analogie, les propriétés de la famille à la nation. Or, il y a entre ces deux entités solution de continuité. La famille assure l’interaction immédiate avec d’autres êtres humains; son principe peut s’étendre, à la limite, à l’ensemble des gens que nous connaissons -mais pas au delà.

La nation est une abstraction, dont on a aussi peu d’expérience immédiate que de l’humanité. La seconde confusion est d’ordre éthique: ce n’est pas parce qu’une chose est, qu’elle doit être. Du reste, l’individu fait très bien la correction par lui-même, et ne confond pas l’amour avec la justice: il aime son enfant plus que celui du voisin, mais quand les deux se trouvent dans sa maison il leur donne des par de gâteau égales. Et, après tout, la pitié n’est pas moins naturelle que l’égoïsme. C’est le propre de l’être humain que de voir plus loin que son intérêt, et c’est à cause de cela que le sentiment éthique existe; l’éthique chrétienne comme l’éthique républicaine ne font que systématiser et préciser ce sentiment. La «préférence nationale» n’est pas plus fondée dans les faits que dans les valeurs”.

(Todorov, Nous et les autres, pp. 506-508)


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Michel Serres y la identidad nacional

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María Rodríguez Almeida, que se incorporará en breve a la Red, nos envía el texto de esta interesante entrevista

En este audio sobre  el «Quid pro quo» el filósofo (post)estructuralista Michel Serres explica -al final, en negrita- su definición de “identidad nacional o colectiva” como una forma de substitución o de identidad robada o inventada. Según él,  sólo existe la identidad personal: la identidad nacional no es sino una usurpación de la primera, una mixtificación con fines políticos. No diferenciar entre “ser” y “pertenecer” sería una forma de error de lógica. Interesante punto de vista.

La conclusión a la que llega Serres en esta larga perífrasis coincide con la tesis de Todorov: el concepto de identidad nacional no corresponde a una realidad tangible, no puede ser aprehendido a través de la lógica ni de la racionalidad. Es un sentimiento, una predisposición, una preconcepción, que se queda en construcción ideológica cuando se la quiere retratar o reformular. No es posible definirla, ni congelarla, ni legislarla. Es un valor, una pasión, un fantasma: algo que se ha de manejar con muchísimo cuidado, como actúa el controlador aéreo un día de espesa niebla. Aviso a sordos profesionales y a usurpadores de toda índole, expertos manipuladores del “quid pro quod” y de las cegueras colectivas.

 

Le sens de l’info-émission du 11-05-2014

Michel Polacco: Bonjour Michel Serres !

Michel Serres: Bonjour !

M. Polacco: Michel Serres, la semaine dernière nous parlions du stockage des données, de la pérennité de l’écriture et de nos langages et vous nous disiez que la nature stocke mieux que les hommes. Cette semaine le « qui-pro-quo ». Pourquoi ce mot ? Et bien parce que justement il y a quelques jours nous en avons été tous les deux des victimes. Parlant ensemble de deux sujets différents sans nous en rendre compte. «Qui pro quo », c’est sur ce genre de situation que repose la meilleure intrigue, le théâtre, Molière, Voltaire, Marivaux et d’autres. Mais le qui pro quo peut être à l’origine aussi d’une catastrophe : Tenerife en 1977, 583 morts la pire catastrophe aérienne de l’Histoire parce qu’un mot mal compris a permis a un avion de pénétrer dans une piste en plein brouillard, là où décollait un autre Boeing 747. Mais bien moins graves, drôles ou problématiques, les qui pro quo existent dans la vie de couple, en politique, au travail, et c’est parfois difficile de démêler les choses ou parfois c’est trop tard. Alors Michel, qu’en dit l’Académie par votre voix ?

M. Serres: Voilà, j’avais 30 ans, j’enseignais à l’Université et je faisais pour fonction de préparer les étudiants à l’oral de l’agrégation de philosophie. Et je faisais ce cours-là le lundi matin à 10h 30 et j’occupais mon bureau dès 9 heures pour recevoir mes étudiants, et soudain, « toc-toc », et voilà une étudiante qui rentre, « Marianne, bonjour », elle s’assied, et je dis : « Qu’est-ce que je peux pour te rendre service ? » et Marianna me répond : « Ecoutez : c’est très simple Monsieur, je viens vous demander l’autorisation de faire l’amour avec vous lundi prochain à 10h et demie» . Alors je bredouille un peu, à ce moment là « toc-toc », « rentrez », Jacqueline rentre et je dis : « Tiens, vous tombez bien Jacqueline. Tenez Marianne, dites donc à Jacqueline ce que vous venez de dire ». Alors elle lève les bras au ciel, tout à fait en colère : « Mais qu’est-ce que j’ai dit d’extraordinaire ? J’ai dit simplement à Monsieur Serres que je voulais faire l’amour avec lui… ». Et devant la tête, évidemment, de Jacqueline tout d’un coup elle prend conscience de ce qu’elle venait de dire. Et c’était très simple : nous préparions, comme je venais de dire, les étudiants à l’oral de l’agrégation et on prenait le stock de sujets qui était paru l’année précédente, et là c’était le sujet « l’amour ». Et voilà. Et à ce propos je voudrais dire la cohérence du comique chez Hergé (Tintin). Parce qu’il y a des producteurs de qui pro quo et les meilleurs producteurs de qui pro quo premièrement sont les sourds. Bien entendu, Tournesol il est sourd. Quand on lui dit « Elle cueille des pâquerettes » il répond aussitôt « Mais quelle barquette ? ». Ou par exemple, on lui dit « Mais je vais vous expliquer » dit-on à Tournesol. Il dit « Mais, non ! Je n’ai piqué du tout ! »Voyez, le sourd est un producteur, une source ininterrompue de qui pro quo. Un mot pour un autre, une situation pour une autre ou une chose pour une autre, ce n’est pas un qui pro quo encore. Si j’ose dire, c’est un « quid pro quod », c’est-à-dire, une chose pour une autre, ou un mot pour un autre. Tandis que le qui pro quo c’est une personne pour une autre. Le producteur majeur de qui pro quo c’est le jumeau. Et je vais vous raconter une deuxième histoire de ma jeunesse, c’est-à-dire, à l’Ecole Navale où l’on préparait à la fois l’astronomie et la conduite à la mer, un jour quand on était un petit groupe, vous voyez, un ami dit à son ami : « Je suis amoureux d’une fille. Dimanche prochain je sortirai, mais un jumeau viendra me remplacer. Tu lui feras les quelques nautiques, tu lui feras …etc ». Bien entendu le copain lui fait tout à fait ça et à la fin de la semaine il lui dit « Tu sais, j’ai beaucoup rendu service à ton jumeau » «Non, pas du tout », lui dit l’autre, « c’était moi mais je voulais me reposer pendant une semaine ». Et, alors, on voit bien là comment les jumeaux là, et même si vous interrogez des jumeaux, comme des fois on entend dire les jumeaux, « C’est toi ou c’est l’autre ? » et le jumeau répond aussitôt : « Ce n’est pas moi, c’est l’autre », vous voyez ? Alors, voilà cela pose la vraie question et la question est posée par Martin Guerre. Le fameux film de Martin Guerre c’est une histoire qui date du XVIIème siècle, qui a déjà été racontée par Leibnitz, et Martin Guerre part à la guerre, deux ans, trois ans, dix ans, etc. Il revient chez lui, il retrouve sa femme, il retrouve ses enfants, il retrouve sa terre, il retrouve son travail. Mais ce n’est pas lui, c’est-à-dire, c’est un ami qui a été témoin de la mort de Martin Guerre…

M. Polacco: c’est un usurpateur

M. Serres: …et qui lui prend ses affaires…

M. Polacco: sa famille, sa vie…

M. Serres: Et alors ça pose une question profonde. Alors là, vraiment, le qui pro quo, la personne pour une autre, c’est l’identité. C’est-à-dire, je suis moi, je suis « je », je sais qui je suis, mais toi tu peux te tromper sur qui je suis. Je suis moi pour moi-même, mais pour autrui… ? C’est pour ça qu’il y a une différence fondamentale entre l’identité et l’appartenance. On ne peut pas dire « je suis français ». On dit « j’appartiens à la population qui habite la France ou qui parle la langue française ». On ne peut pas dire « je suis juif, je suis catholique…etc ». Mais non : « j’appartiens à la communauté qui pratique la religion juive, catholique, protestante… ». Je ne peux pas dire « je suis agenais ». Pas du tout : « j’appartiens à la population qui est né à … » Ma carte d’identité est peuplée d’appartenances. Donc, dire qu’il y a une différence, qu’on puisse dire « identité » quand on dit « identité nationale » ou « identité française » c’est une erreur logique. Il n’y a d’identité que la personne. Vous savez, en logique vous savez écrire le signe égal : deux petits traits…

M. Polacco: Absolument

M. Serres: Le signe identique c’est trois petits traits, A identique à A. L’appartenance c’est A et puis un petit epsilon (ε) comme un euro, vous savez ? A appartient à l’ensemble. Et par conséquent dans ma carte d’identité il n’y a que des appartenances. On ne peut pas dire « identité collective » voyez ce que je veux dire ? Et ça c’est une erreur logique. Mais, écoutez, tout simplement, des erreurs logiques nous en faisons tous les jours, mais c’est peut-être aussi une faute grave, parce que précisément le racisme c’est la confusion entre l’identité et l’appartenance. On va dire « tu es africain » « mais non, je ne suis pas africain, je suis, tiens, Papa Gallo, mais j’appartiens simplement aux gens qui sont nés sur le territoire de ce Continent ». Voyez donc (ne pas) faire la différence réelle entre identité et appartenance c’est une faute logique qui peut entraîner très loin, vous voyez…

M. Polacco: et là on n’est plus dans les…

M. Serres: …aux conséquences très graves. A ce moment là, c’est presque aussi catastrophique que votre accident d’avion à un certain moment ou…d’ailleurs, pour parler d’accident d’avion, vous savez qu’un jour, on fait beaucoup l’éloge de l’anglais, et un jour la tour de contrôle avait dit « turn left, right now ».

M. Polacco: oui, tournez à gauche tout de suite

M. Serres: oui, mais il n’y a qu’un seul truc au monde où on dit « right now » pour dire « maintenant ». Et comme la radio n’a pas entendu « left » il a tourné à droite et ça a été une catastrophe, vous voyez ? Donc, là le qui pro quo peut , en effet, je me résume, être à la fois la source étrange et pérenne du comique mais aussi entraîner à des catastrophes graves comme le racisme dans « l’identité française » ou « l’identité collective », ou des catastrophes, tout ça vous l’avez dit.

M. Polacco: Michel Serres, merci. Vous pouvez réécouter cette chronique et vous abonner à notre podcast sur franceinfo.fr rubrique « Le sens de l’info ». Au revoir et à dimanche prochain.

 

Audio:

http://www.franceinfo.fr/emission/le-sens-de-l-info/2013-2014/le-quiproquo-05-11-2014-17-45